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5 min readChapter 1Asia

Avant le Monde

Au commencement, selon la tradition japonaise, il n'existait que le chaos primordial connu sous le nom de 'Ame-no-Minaka-Nushi', un vide informe qui n'était ni lumière ni obscurité. Cet état chaotique se caractérisait par l'absence de structure, où rien n'était encore créé, et l'essence de l'existence flottait dans une vaste étendue silencieuse et infinie. Dans ce vide, les eaux cosmiques montaient et descendaient, contenant le potentiel de tout ce qui allait venir. C'est de cet océan primordial que les premiers frémissements de la création émergeraient. Cet océan, symbole à la fois de chaos et de potentiel, était un royaume où les énergies de création et de destruction coexistaient, attendant le moment de l'intervention divine.

Alors que les eaux tourbillonnaient, l'Œuf Cosmique se forma, incarnant l'équilibre de la création et la naissance imminente du monde. Cet œuf, connu dans certaines traditions sous le nom de 'Ame-no-Kaguyama', contenait l'essence de tous les êtres, attendant le contact de la création pour les libérer dans la lumière. Le concept de l'Œuf Cosmique n'est pas unique à la mythologie japonaise ; des variations peuvent être trouvées à l'échelle mondiale, depuis le mythe de création égyptien des eaux primordiales de Nun jusqu'à l'idée hindoue de l'Hiranyagarbha, ou ventre doré, symbolisant l'origine de l'univers. De tels motifs reflètent une compréhension universelle de la création émergeant du chaos, un thème qui résonne à travers les cultures.

Au milieu du calme de cet état pré-création, les forces divines se préparaient à l'émergence du destin, mettant en place la scène pour l'apparition des premières divinités qui façonneraient le monde. Dans le Japon ancien, la croyance en un vide informe précédant la création servait à expliquer les mystères de l'existence. Ce vide n'était pas simplement une absence mais un terreau fertile pour le potentiel, soulignant la croyance que du chaos, l'ordre et la vie pouvaient émerger. Il fournissait un cadre pour comprendre les cycles de la nature, les saisons, et l'essence même de la vie et de la mort, qui étaient perçues comme interconnectées plutôt que opposées.

Ainsi, le cosmos était prêt à se transformer, prêt à passer du chaos à l'ordre, annonçant l'arrivée d'Izanagi et d'Izanami, le couple divin destiné à créer les îles du Japon et le panthéon des dieux. Leur histoire n'est pas seulement un récit de création mais aussi une exploration des relations entre les divinités, la nature et l'humanité. Dans certaines versions du mythe, Izanagi et Izanami sont dépeints comme des incarnations des principes masculin et féminin, représentant les forces génératrices de la nature. Cette dualité reflète un schéma mythologique plus large trouvé dans diverses cultures, où la création émerge souvent de l'union des opposés, tels que la terre et le ciel, ou l'eau et le feu.

La descente du couple des cieux est marquée par leur voyage sur le Pont Flottant du Ciel, connu sous le nom de 'Ame-no-Hashidate'. Ce pont symbolise la connexion entre les royaumes céleste et terrestre, un motif résonnant dans d'autres mythologies où des êtres divins traversent un seuil pour donner naissance à la création. L'acte de poser le pied sur ce pont signifie le moment où le potentiel devient manifeste, alors qu'Izanagi et Izanami se préparent à façonner le monde à partir du chaos primordial.

Dans leur tâche divine, Izanagi et Izanami brandissaient une lance, connue sous le nom de 'Ame-no-Nuhoko', pour remuer les eaux de la création. Alors qu'ils plongeaient la lance dans l'océan, les gouttes qui en tombaient se solidifiaient en la première île, Onogoro. Cet acte de création est chargé de signification symbolique ; la lance représente non seulement le pouvoir des dieux mais aussi l'acte d'intention et de concentration nécessaire pour donner la vie. Dans d'autres traditions, des outils ou instruments similaires sont utilisés dans les mythes de création, tels que le bâton du dieu grec Zeus ou le marteau du dieu nordique Thor, illustrant une compréhension partagée du rôle du divin dans la formation du monde.

Alors qu'Izanagi et Izanami poursuivaient leur œuvre, ils donnèrent naissance à diverses divinités, chacune incarnant différents aspects de la nature et de l'existence. Ce processus de création reflète la croyance que le divin est immanent dans le monde, et que les dieux ne sont pas des entités distantes mais des parties intégrantes de l'ordre naturel. La naissance de ces divinités sert également à expliquer les complexités du monde, des montagnes et des rivières aux plantes et aux animaux, chacun ayant son propre patron divin.

Culturellement, le mythe d'Izanagi et d'Izanami était compris comme un récit fondateur qui offrait aux anciens Japonais un sens d'identité et d'appartenance. Il offrait des explications pour la terre qu'ils habitaient, les phénomènes naturels qu'ils observaient, et les cycles de la vie et de la mort qu'ils expérimentaient. Les îles du Japon elles-mêmes étaient considérées comme sacrées, créées par des êtres divins, et cette croyance favorisait une profonde révérence pour la nature qui imprégnait les pratiques shintoïstes.

En conclusion, le mythe d'Izanagi et d'Izanami encapsule la transition du chaos à l'ordre, illustrant le processus de création et l'émergence du divin. Il sert de rappel de l'interconnexion de toutes choses, où le sacré et le profane coexistent. L'histoire de ces divinités est un reflet de la vision du monde des anciens Japonais, soulignant l'importance de l'harmonie avec la nature et les forces divines qui façonnent l'existence. Alors que les eaux cosmiques se retiraient et que les îles du Japon émergeaient des profondeurs, la compréhension que la vie est un cycle continu de création, de destruction et de renaissance émergeait également, un thème qui résonne à travers les âges de la mythologie.