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5 min readChapter 1Asia

Avant le Monde

Au commencement, il n'existait que Brahman, la réalité ultime, une essence sans forme et infinie qui transcende toute compréhension. Ce Brahman était à la fois Nirguna, sans attributs, et Saguna, avec attributs, incarnant l'intégralité de l'existence et de la non-existence. Dans l'obscurité primordiale de l'océan cosmique, connu sous le nom de Kshira Sagara, se trouvait la potentialité de toute création, un vaste abîme de réalité non manifestée. C'était un temps avant le temps, où l'univers était enveloppé de silence, et les éléments n'avaient pas encore pris forme. Ici, les eaux du cosmos tourbillonnaient dans le calme, chargées des possibilités de la vie encore à émerger.

Ce mythe sert d'explication profonde de l'existence, illustrant comment la création émerge d'une source unique et indivisée. Le récit souligne que toutes les formes de vie et de matière proviennent de Brahman, suggérant que l'univers est une manifestation de la volonté divine. Les anciens croyants comprenaient cela comme un reflet de leur propre vie ; ils se voyaient comme interconnectés avec le cosmos, chaque individu portant en lui l'essence de Brahman. Cette croyance favorisait une profonde vénération pour la nature et l'univers, chaque aspect de l'existence étant considéré comme sacré et imprégné d'un but divin.

Dans cette étendue sans limites, le concept de Prakriti, ou nature, existait dans un état de potentiel dormant. Prakriti représentait les forces dynamiques de la création, attendant l'étincelle de la conscience pour l'éveiller de son sommeil. Le vide n'était pas vide mais plutôt un sol fertile, un ventre de l'univers, où les graines de l'existence étaient prêtes à germer. C'était un royaume de profonde immobilité, où les vibrations de Nada, le son cosmique, résonnaient à travers les eaux non formées, laissant entrevoir la création qui allait se déployer.

L'interaction entre Brahman et Prakriti est emblématique de motifs mythologiques plus larges observés dans diverses cultures, où un chaos primordial ou un vide donne naissance à l'ordre et à la forme. Ce thème est présent dans de nombreux mythes de création, illustrant la nature cyclique de l'existence, où destruction et création sont entrelacées. Dans certaines versions de la cosmologie hindoue, ce cycle est davantage élaboré à travers le concept des Yugas, ou âges, qui décrivent le déclin et le renouvellement progressifs de l'univers dans une boucle continue.

Au fur et à mesure que le récit mythologique se déroule, il est essentiel de comprendre que Brahman, dans cet état d'unité indifférenciée, n'était pas seul. Le rêve de Vishnu, le préservateur de l'univers, reposait niché dans cet océan cosmique. Dans diverses traditions, Vishnu est envisagé comme reposant sur le serpent Ananta, flottant sereinement à la surface des eaux, incarnant à la fois la tranquillité et le pouvoir latent. Ce rêve est un prélude à la création qui se déploie, un pont entre l'inmanifesté et le manifesté. D'autres traditions décrivent Vishnu comme la source de tous les avatars, chaque incarnation représentant différents aspects de l'intervention divine dans le monde, suggérant un engagement continu entre le divin et le royaume matériel.

Le concept de l'œuf cosmique, ou Hiranyagarbha, est souvent invoqué à ce stade du récit. Cet œuf d'or, représentant l'univers dans son état potentiel, contenait en lui le plan de tout ce qui devait venir. Il symbolisait l'unité de toute existence, la convergence du matériel et du divin. Dans certaines interprétations, l'œuf lui-même est considéré comme une émanation de Brahman, une manifestation de la volonté divine qui allait bientôt donner naissance à la création. Le motif de l'œuf n'est pas unique à l'hindouisme ; des symboles similaires apparaissent dans diverses mythologies à travers le monde, signifiant la quête universelle de comprendre les origines de la vie et du cosmos.

Alors que les eaux du Kshira Sagara tourbillonnaient, l'interaction entre Brahman et Prakriti préparait le terrain pour le déploiement du cosmos. Le mythe transmet que des profondeurs de cet océan cosmique, une transformation profonde était sur le point de se produire. Le silence du vide serait bientôt brisé par la résonance de la création, alors que les forces de l'ordre et du chaos commençaient à s'agiter dans les profondeurs. Cet éveil n'était pas simplement un acte physique mais un changement profond dans l'équilibre cosmique, annonçant l'émergence de formes et l'établissement du dharma, ou ordre cosmique.

Dans les profondeurs de cette immobilité, les éléments primordiaux attendaient leur appel à l'action. La terre, l'eau, le feu, l'air et l'éther étaient prêts à se manifester, chacun incarnant des caractéristiques uniques qui façonneraient l'univers. Leur émergence signifierait le début de la danse cosmique, l'interaction des forces qui donnerait naissance à la vie et à la conscience. Le récit souligne que ce moment de création n'était pas un événement singulier mais un processus continu, un cycle qui résonnerait à travers l'éternité.

Cette nature cyclique de la création est reflétée dans les croyances des cultures anciennes, où la fin d'un cycle conduit souvent au début d'un autre. Dans la cosmologie hindoue, cela se manifeste dans le concept de pralaya, ou dissolution, qui précède chaque nouveau cycle de création. De telles croyances soulignent la compréhension que l'existence n'est pas linéaire mais plutôt une série de cycles interconnectés, chacun contribuant au déploiement de l'univers.

Alors que les forces cosmiques commençaient à s'aligner, le mythe préparait le terrain pour l'acte de création qui allait suivre. L'anticipation de cet événement transformateur emplissait l'océan cosmique, alors que le rêve de Vishnu commençait à se déployer dans la réalité. Le prochain chapitre explorera l'acte spécifique de création, examinant les méthodes et les outils employés par les êtres divins pour faire émerger l'univers des profondeurs de la potentialité. À travers cette exploration, le récit éclairera les relations complexes entre le divin, le cosmos et les innombrables formes de vie qui allaient bientôt émerger, chacune étant un reflet de l'unité sacrée qui sous-tend toute existence.